Nous l’avons su presque 10 jours à l’avance, même si les prévisions fluctuaient sur la force et la trajectoire de ce cyclone, nous savions que quelque chose allait se passer. La grosse question était de prédire la force du phénomène. Ce sera un cyclone de force 5 qui nous frappera en pleine nuit. Mercredi 11 mars, il était évident que le cyclone passerait sur nous et serait assez fort. L’école est restée fermée jeudi et vendredi afin que tout le monde puisse se préparer pour affronter ce qui se rapprochait de nous jour après jour.
Le jeudi, nous avons sécurisé l’extérieur et bien plus que les fois précédentes : Pare-cyclone aux fenêtres, bien sûr, mais aussi ôter le filet du trampoline, le retourner, détacher les balançoires du portique, renverser les pots des plantes, attacher certains un peu légers au grillage, ranger tout ce qui pouvait traîner autour de la maison et sur la terrasse. Et surtout sécuriser le toit avec des parpaings et des cordes et c’est grâce à cette très bonne idée que nous avons gardé notre toit cette nuit-là. Nous avions déjà étêté le pin colonnaire menaçant notre maison quelques mètres mètres plus bas. Par contre nous avons seulement remarqué deux arbres situés chez le voisin et menaçant, pour l’un notre garage, et pour l’autre la chambre des enfants. Ce fût un sujet d’inquiétude. Il était dors et déjà clair que les enfants ne dormiraient pas dans leur chambre mais avec nous, dans la nôtre. Le bruit des tronçonneuses se faisait entendre partout autour de nous et ce fût de nouveau le cas le lendemain.
Le vendredi 13 mars le vent commençait à souffler plus fort que les 2 précédents jours. Je me suis levée avec un gros mal de gorge et une fièvre qui s’intensifie dans la journée. Nous sécurisons l’intérieur de la maison (les enfants et moi-même). Sylvain a fait des aller-retours pour mettre en sécurité notre nounou Florida, sa famille et quelques affaires. Ils iront dormir dans notre école qui est un centre d’évacuation. Leurs maisons étaient trop proches de la mer, cela était trop risqué de rester là. De notre côté, nous empaquetons nos affaires dans des sacs, des boîtes plastiques, des malles. L’éventualité que le toit s’envole devait vraiment être prise au sérieux. Notre toit est composé de 4 toits différents et nous espérons en garder un ou 2. Nous avons scotché les portes des placards pour ne pas qu’elles s’ouvrent à la volée. Je n’avais pas scotché les tiroirs et lorsque j’ai écouté le témoignage d’une de mes collègues je me rends compte que cela était une erreur. Il n’est pas facile de regarder ses effets personnels en se demandant s’ils seront encore là le lendemain matin. Tout ne passe pas dans les boîtes et les sacs. Il faut choisir… C’est comme préparer un déménagement en quelques heures tout en stockant les effets empaquetés dans des endroits qui seront, nous l’espérons, sûrs. Nous préparons aussi des cordes, des harnais, des casques et une bâche. Si le toit s’envole, le mieux est de s’abriter dans un placard. Nous n’en avons pas. Donc nous choisissons de prévoir des cordes pour nous attacher et ne pas risquer de s’envoler, des casques pour éviter de prendre des objets sur la tête. Les 3 chiens, la voiture et le quad sont rentrés dans le garage. Un seul des 2 chats est dans la maison (l’autre reviendra quelques jours plus tard, incroyable !) Nous sommes prêts, l’attente est longue et stressante.
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La nuit tombe, il est 18:00, nous mangeons des crêpes dans le grand salon et le vent s’est intensifié. Nous savons qu’il n’est pas à son maximum. Le gros du cyclone nous atteindra vers 22:00. Mais pourtant déjà de l’eau coule, depuis le toit, le long des murs et le toit commence à craquer de façon très régulière. Des ‘clac’ répétitifs qui ne nous rassurent pas du tout. Nous nous réfugions dans notre chambre. Ma fièvre s’amplifie, je mesure 39,7. Sur Facebook, notre médecin me conseille les médicaments que je dois prendre. Il me reste 4 antibios dans les placards, ils me sauveront. Les enfants s’endorment sereins vers 20h, l’eau courante a été coupée une demi-heure auparavant. A 20h30 l’électricité est coupée. A 22h le vent souffle d’une force que je n’aurais jamais crue possible. La pluie est à la verticale, elle remonte même. Le bruit est assourdissant. On dirait un avion qui s’apprête à décoller en permanence. Notre voisin a allumé un générateur et une lumière extérieure nous permet d’apercevoir au travers des pare-cyclones le cauchemar qui se vit dehors. Tout vole, les arbres plient et s’écrasent au sol, les cocotiers tombent. Les toits craquent de partout. Nos baies vitrées se courbent dangereusement. Nous craignons vraiment de les voir exploser. Nous sommes face au vent et les rafales sont monstrueuses. Nous restons alertes. Nous n’avons pas peur, nous sommes prêts à réagir si la situation se dégrade. L’étions-nous vraiment ? Je reste crispée et tendue en pensant à tous les autres. Tous ceux qui vivent dans des maisons de tôles ou des maisons en matériaux naturels, dans les îles, partout, c’est un cauchemar. Vont-ils survivre ? Je suis très inquiète. Je sais que beaucoup ont été évacués dans des centres mais seulement pour ceux qui habitent dans la capitale. Ce monstre dehors semble tout arracher sur son passage. Vers minuit, la fièvre a raison de moi et je m’endors. Les vents sont toujours aussi forts, des rafales impressionnantes. Sylvain est dans le salon. Il tient une fenêtre qui semble prête à céder. De l’eau s’infiltre autour de la fenêtre et rentre massivement dans le salon. En quelques minutes, il y a 2-3 cm d’eau sur le sol. Il luttera pendant 3h pour limiter les dégâts de l’eau et s’assurer que la fenêtre tienne. Les vents s’estompent légèrement vers 2h. Le gros du cyclone s’éloigne. Je me réveille brièvement, les toits sont encore là, je me sens extrêmement chanceuse. A cette même heure, Sylvain se permet de lâcher la fenêtre. Il s’enfile un verre de whisky et sombre dans un sommeil bien profond. Nous dormons tous les 5 jusque 6h. Le vent souffle encore lorsque nous nous réveillons. Nous sortons de la maison pour nous rendre compte de ce qu’il s’est passé. Deux de nos 3 cocotiers ont été arrachés, le 3e est à la limite de tomber sur la maison des voisins. J’étais persuadée qu’un cocotier était indéracinable. Nous avons perdu tous les arbres : 2 pamplemoussiers, un bananier… Nous réussirons quelques jours plus tard à remettre sur pied un goyavier, un manguier et un corossolier mais vont-ils vraiment reprendre ? Les enfants pleurent leurs arbres, auxquels ils aimaient tant grimper. Des gouttières sont tombées. Les arbres menaçants des voisins sont tombés. En tout cas leurs branches ont cassé et sont tombées au pied de notre maison, arrachant des gouttières. Un des pamplemoussiers bloque la sortie de notre propriété. Impossible de sortir la voiture. Au loin, nous apercevons nos voisins. Un signe de la main pour savoir s’ils vont bien. Ce simple geste me provoque une envie de pleurer. « Ça va chez vous ? ». Les larmes montent aux yeux. Je réalise que nous avons échappé à un gros désastre. Autour de nous le spectacle est apocalyptique. Partout, des arbres tombés ou complètement effeuillés, des lignes électriques au sol, le toit de certaines maisons voisines envolés. Un chaos total. Le réseau téléphonique mobile n’existe plus. Nous sommes coupés de l’extérieur. A l’intérieur de la maison, nous remarquons quelques fissures au niveau des poutres… Le toit n’est peut-être plus très sûr… Nous commençons à nettoyer le plus gros, ramasser les pamplemousses au sol… et nous ressentons vite le besoin de prendre une douche après ces efforts. Une grosse averse et un gel douche permettront à toute la famille de se sentir propre de nouveau.
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Sylvain enfourche un peu plus tard le quad qui peut passer sous l’arbre affalé devant la grille et part à la quête de nouvelles de l’extérieur. Il passe voir plusieurs sites : L’école dans laquelle Florida s’est réfugiée avec sa famille. Le toit de la salle dans laquelle ils se trouvaient (la salle de motricité) a souffert. En pleine nuit, ils ont du sortir pour se réfugier dans une salle de classe. Mais le matin, tout le monde allait bien. Une nuit que tout le monde gardera en mémoire pour longtemps. Voici les photos de cette partie atteinte de l’école. C’est la partie maternelle.
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Ce toit était le plus vieux de l’école et le seul qui n’ait pas résisté. Les autre toits sont restés, quel soulagement. Toutes les salles de classe ont connu une inondation plus ou moins importante. Le réseau électrique interne de l’école est largement endommagé. Les arbres de la cour, comme partout, sont à terre. Certains faux plafonds sont tombés. Il y a aussi des volets roulants détériorés. Cela reste des dégâts mineurs comparés aux autres écoles de la ville et même plus largement des zones touchées. Nous l’apprendrons plus tard mais les deux autres écoles francophones avec lesquelles nous travaillons ont connu des dégâts très importants. Un laboratoire de sciences, un bâtiment abritant les dortoirs sont complètement détruits pour l’une d’entre elles. Le matériel scolaire est très abîmé. Ce matériel scolaire est vieillot, les livres notamment ne sont pas d’hier. Pour ces écoles, s’équiper relève, en temps normal, du miracle.
J’avais mandaté Sylvain pour qu’il prenne des photos. Il est revenu juste avec ces quelques photos. Il m’a dit ne pas avoir eu le cœur à en prendre. Il passe ensuite voir une copine Eloïse et Troy et les enfants Enzo et Axelle. Ils ont accueilli chez eux Julie et ses enfants et un pote Jaou. Ils ont vécu une nuit terrible. Très tôt dans la soirée ils ont perdu une partie du toit et l’eau s’est engouffrée dans le salon. Ils se sont tous réfugiés dans une chambre du fond en espérant que le reste du toit tienne. Les enfants ont à peine dormi. Puis Sylvain s’est rendu à son bureau. Le bâtiment abrite le service Géologique et le service météo. Les agents du gouvernement du service météo ont travaillé toute la nuit pour fournir des informations par SMS à la population pour informer l’avancement du cyclone. Ils ont fait un travail remarquable et ont travaillé en recevant parfois des débris du plafond. Les témoignages par la suite furent terribles. Notamment cet agent qui raconte que sa femme et ses enfants étaient restés à la maison. Pourtant, ils avaient la possibilité de faire venir leur famille dans les locaux. A 23h sa femme appelle pour dire que le toit de la maison s’est envolé. Il était trop tard pour prendre la voiture et les rejoindre. Il a pourtant essayé. De nombreux arbres bloquaient déjà les routes et la voiture n’avançait pas contre la force du vent. Par contre, elle était secouée dans tous les sens. Au delà des dégâts causés partout dans la ville, ce qui marque énormément, ce sont les témoignages terrifiants qui s’accumulent.
Dans la journée, nous recevons la visite de plusieurs amis venus voir comment nous allons, apportant à chaque fois des nouvelles rassurantes. On se rend vite compte que les gens vont bien physiquement. Les premières victimes dont nous avons connaissance sont 4 navigateurs qui sont restés dans leur bateau. Beaucoup de bateaux se sont retrouvés propulsés contre les bords de la baie.
Lorsque Philippe passe nous voir, il nous dit qu’il a un générateur et une tronçonneuse. Là on se dit qu’on ne s’est pas totalement préparé à l’après cyclone. Nous retrouvons dans le garage un téléphone qui n’est pas sans fil et du coup ne dépend pas de l’électricité pour fonctionner. La ligne fixe fonctionne toujours. Nous prévenons la famille que tout va bien. L’eau est remise en route vers 16h. Un miracle. De courte durée car nous nous apercevons vite que l’arrivée d’eau a souffert de la chute du 2e pamplemoussier qui a sectionné le tuyau d’arrivée d’eau. Nous devons couper l’eau. Vers 17h arrivent Julie et les enfants, Marité, Eddie et leur 4 filles. Nous passons une soirée à la bougie, heureux de se retrouver autour de quelques bières après cette épreuve.
Le lendemain, Sylvain passe un bon moment pour trouver une solution pour réparer temporairement ce tuyau. Il finit par y arriver. Nous bénéficions de nouveau de l’eau avec quelques coupures lorsque la réparation lâchera. Cela arrivera plusieurs fois dans les jours à venir. Un plombier viendra, le jeudi, réparer définitivement ce tuyau. Avec nos très gentils voisins, nous attaquons la découpe du pamplemoussier avec de simples couteaux (bush knife). Vers 15h il nous est possible de sortir. Nous montons en voiture tous les 5 et je prends mon appareil photo, mais de même que Sylvain, je n’ai absolument pas le cœur à prendre en photo ces maisons détruites, ce paysage ravagé et les gens déboussolés. Nous achetons un générateur qui nous dépannera pour les jours suivants. C’est ainsi que le frigo reprend vie (seulement la journée, le bruit du générateur en permanence est trop gênant). C’est aussi ainsi que nous avons accès de façon très chaotique à Internet. Nous lisons beaucoup de messages inquiets et nous tentons de rassurer un maximum de personnes. Nous ne savons toujours pas quelle est la situation autour de Port Vila et surtout dans les îles. Il faudra attendre plusieurs jours.
Le lundi nous avons des nouvelles de notre jardinier, Pierre. Il nous dit avoir utilisé les cordes que nous lui avons données pour attacher son toit. Sa maison était la seule autour de lui à avoir gardé son toit. Les voisins sont tous venus se réfugier chez lui. Pour Florida, le toit aussi avait été attaché par des cordes que nous lui avions données. Une partie du toit s’est tout de même envolée, et l’intérieur de la maison a connu un peu d’inondation. Même bilan pour Lydie, quelques tôles ont volé et l’intérieur de la maison est trempé : canapés, TV… L’entraide est forte et lorsque je me rends chez Lydie lundi ou chez Florida mardi, les toits en tôle sont déjà remis en place.
Chanceux, nous récupérons l’électricité le mardi après-midi alors que de nombreux câbles sont encore par terre et notamment celui qui relie la rue principale à notre maison. C’est un mystère cette électricité. Par où nous arrive-t-elle ? La plupart des quartiers retrouveront l’électricité dans la semaine. Les équipes d’UNELCO (notre fournisseur), renforcées par des agents de Nouvelle Calédonie, Polynésie Française et Wallis et Futuna, ont fourni un travail colossal, travaillant de longues journées, 7 jours sur 7. Le réseau se remet vite en place. Et pourtant c’est près de 80% des pylônes, câbles qu’il faut remplacer.
Certains rapports venant des îles arrivent au bout de quelques jours. Le bilan humain est incroyablement bas. Une quinzaine de victimes sur tout le Vanuatu. Mais le bilan matériel est colossal. Les îles très touchées sont toutes les îles des Shepherds : Epi, Mataso, Makura, Tongoa,Tongariki, Emae et les îles de Tanna, Erromango, Aniwa. Beaucoup de destructions.
Je vous montre des photos collectées sur Facebook.
En voyant les photos des toits des maisons arrachés, je ne peux m’empêcher d’imaginer la dure nuit qu’ont du vivre les personnes à l’intérieur. La dernière photo montre que depuis plusieurs jours, des feux sont allumés un peu partout pour brûler les déchets végétaux (et il y en a !) et cela engendre une fumée permanente répartie sur toute la ville.
Quelques images de Tanna :
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Quelques images de l’île de Mataso. Cette île contient 120 habitants. 63 habitants viennent d’en être évacués.
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Ce site propose un avant-après cyclone par satellite. C’est assez impressionnant. Et c’est notre spectacle quotidien. La verdure a disparu. Tout est marron. Les toits arrachés, les maisons éventrées sont autour de nous de façon permanente. Comment trouver l’argent pour reconstruire ? L’écart entre noirs et blancs se creuse. Les blancs aux belles maisons, avec une assurance pour la plupart. Les noirs dans des maisons moins solides et sans possibilité de retrouver un peu d’argent pour reconstruire.
L’aide humanitaire se mobilise. C’est instructif de voir comment cela se passe localement. La logistique coince un peu. Les meilleures actions sont celles menées par des gens locaux qui connaissent le pays et la langue et montrent une efficacité redoutable. Il faut être vigilant. Toutes les zones touchées par le cyclone ont perdu leur jardin et toute récolte sera impossible pendant les mois à venir. Les systèmes d’approvisionnement en eau, les citernes de récupération d’eau de pluie sont cassés ou pollués. Il faut tout reconstruire. Beaucoup de personnes se retrouvent sans toit. L’entraide locale est exceptionnelle mais il faut s’assurer qu’elle s’inscrira dans la durée et qu’elle n’oubliera personne.
Les journalistes aussi sont vite arrivés. Déçus du nombre faible de victimes, ils sont à l’affût de témoignages français (pour les médias francophones) et ont comme objectif de faire passer cet événement comme une conséquence du changement climatique, dernière carte pour que ces reportages soient diffusés en Europe. Les australiens et néo-zélandais sont alarmistes lors des premiers gros titres : Le Vanuatu compte ses morts. Difficile de comprendre un pays en étant parachuté une ou deux journées sur un désastre de cet ampleur. Le Vanuatu a connu un gros cyclone en 1959. 28 ans plus tard, en 1987, le cyclone Uma dévastait le Vanuatu. 28 ans plus tard, nous voici en 2015 et Pam nous frappe. Une parfaite récurrence.
Sylvain, comme d’autres français, a connu un harcèlement de la part des médias français. Le résultat des interviews concédées est parfois décevant, mais c’est le jeu médiatique. Voici un article et un reportage visibles sur le net.
Voici le témoignage de Catherine Pétillon, directrice de l’Agence universitaire de la francophonie pour la région Pacifique qui a vécu cette nuit-là, un enfer.
Dès que nous croisons une connaissance, les mêmes questions reviennent : Comment vas-tu ? Et ta maison ? Le toit a tenu ?
Un couvre-feu de 18h à 6h est mis en place 2 jours après le cyclone. L’électricité n’étant pas rétabli, des vols ont commencé à avoir lieu. Le plus triste c’est que ces vols ont lieu, pour la plupart, dans des quartiers déjà défavorisés.
Le mardi suivant le cyclone, le proviseur nous convoque à une réunion pour décider de la date de réouverture. L’école restera restée fermée une semaine après le cyclone, le temps de la nettoyer, la sécuriser et de retrouver l’électricité. Le vendredi suivant, une cellule psychologique (à la demande des enseignants) est présente. Des psychologues arrivent de Nouméa pour écouter les français qui en ont besoin. Le samedi matin, nous avons de nouveau une réunion à l’école pour discuter des modalités d’accueil des élèves. Les enseignants du primaire et les enseignants secondaires sont réunis dans deux salles différentes car les modalités d’accueil sont différentes entre les 2 groupes. La psychologue est présente et nous demande à nous, les 25 enseignants regroupés en un cercle, de raconter notre nuit du cyclone. Certains témoignages sont glaçants. Nous savions que certains avaient souffert plus que d’autres mais entendre les voix tremblantes, les émotions sont réelles et intenses. Quelques collègues ont perdu leur toit et la situation s’empire vite à partir de ce moment-là. Un collègue avait une petit fille de 3 mois et ils ont vécu un cauchemar lorsque le toit est parti. L’eau a pénétré partout. Il y avait de l’eau jusqu’aux genoux dans la maison. Les maisons situées en bord de falaise ont tremblé pendant des heures donnant la sensation d’un tremblement de terre permanent. Une collègue s’est réfugiée dans son dressing avec son mari et ses deux enfants lorsque le toit s’est partiellement arraché. Les tiroirs s’ouvraient et se fermaient frénétiquement. Un collègue a bravé le cyclone en pleine nuit avec ses amis pour se réfugier dans un autre bâtiment. Avancer dans un cyclone c’est avancer cm par cm avec le risque de prendre un projectile à tout moment. Lorsqu’ils sont arrivés dans le nouveau bâtiment, ils ont été incapable de fermer la porte et ont du s’abriter derrière une armoire pour éviter la vaisselle qui s’est mise à tourner en l’air. Entendre ces témoignages les uns à la suite des autres est effrayant.
L’école a rouvert le lundi 23 mars. Nous accueillons les élèves en leur demandant comment ils se sentent et quelle est la situation chez eux. Parfois l’échange se fait ainsi :
– Comment vas-tu ? Comment te sens-tu ?
– Ça va bien.
– Et c’est comment chez toi ? La maison ? Le toit ?
– On a perdu quelques tôles du toit.
– Ah bon, beaucoup ?
– Euh… 14 tôles
– Sur combien ?
– 19
– Ah oui, donc il n’y a plus de toit… Et l’intérieur de la maison ?
– Tout est mouillé
– Et vous avez réussi à tout faire sécher ?
– Non
Pas facile d’obtenir des informations claires et de savoir dans quelle situation exacte est l’élève. Ce peuple du Vanuatu est d’une force exemplaire et nous devrions beaucoup apprendre d’eux. Ils sont résilients, il en faut plus pour les abattre. Pas de lamentations, que des actions. On nettoie, reconstruit, on avance.
Nous avons mis en place la possibilité d’offrir aux élèves de notre école un kit scolaire pour ceux qui ont perdu leurs affaires scolaires. Malheureusement, nous ne pouvons offrir cette possibilité à tous les élèves de Port-Vila car l’aide qui nous parvient dans ce cas précis est strictement française.Nous devions détecter aussi les élèves qui auraient besoin d’un soutien psychologique mais avoir une vraie compréhension de la situation est très difficile. Les élèves sont d’un naturel timide et minimise beaucoup ce qui leur arrive. Le plus important est qu’ils soient tous revenus sains et saufs.
Des élèves ont souhaité se mobiliser et, avec des collègues, nous avons collecté des bouteilles d’eau vides. Le samedi, nous les avons remplies d’eau et avec l’aide d’une organisation locale, ProMedical, nous sommes allés porter des kits d’outils et des vêtements au village qui nous a été désigné : Eton. Nous essaierons de maintenir cette mobilisation vivante pendant les semaines à venir.
Aujourd’hui la vigilance est sur la nourriture, même à Port-Vila et même parmi nos élèves. Les magasins ont du stock et nous ne mourrons pas de faim, à condition d’avoir de quoi payer. Ce qui n’est pas le cas de beaucoup de Ni-Vanuatus. Ce n’était déjà pas le cas avant le cyclone. Et après c’est encore pire. Certains, beaucoup (dur de quantifier) ont perdu leur emploi car l’entreprise ne fonctionne plus ou parce les besoins diminuent ou les priorités ont changé. Dans le domaine touristique notamment, nous avons eu des chiffres qui nous ont été annoncés. Il semblerait que la moitié des 10 000 personnes travaillant dans le tourisme à Port-Vila perdra son emploi. Comment payer à manger une nourriture déjà habituellement très chère ? Le marché de Port-Vila est fermé et ne proposera pas de fruits ni de légumes pendant des mois, il n’y a plus rien à offrir.
Beaucoup restent marqués par le cyclone. Nous avons tous eu ce réflexe : La première fois que nous avons senti le vent souffler de nouveau, nous avons eu un réflexe de peur : Oh non pas encore… Plus de 2 semaines après le cyclone, nous entendons régulièrement rugir le bruit des tronçonneuses nous rappelant sans arrêt les destructions massives que nous avons subies.

Chers amis,
Ces photos sont glaçantes et le récit est terrible. Nous ressentons dans notre coeur la peur qui vous a traversé et notre consolation est de nous dire que vous n’avez « que » des dégâts matériels. Nous sommes tellement attristés pour votre pays d’accueil et pour tous ceux qui sont devenus votre famille au Vanuatu.
Il faudra du temps beaucoup de temps pour reconstruire mais ensemble vous accomplirez des miracles.
Nous pensons à vous.