Nous avons eu très peur pour notre nounou Pricilla. Pricilla est la petite soeur de Florida. Elle travaille avec nous depuis plus de 2 ans. Elle se plaignait depuis plusieurs jours de douleurs abdominales. Après 2 visites à l’hôpital public de Port-Vila, elle ne se sentait pas mieux. Pour les Nivans, l’hôpital est le seul moyen de voir un docteur pour un prix abordable. Les docteurs privés sont tellement chers que presque seulement les blancs peuvent se permettre de les consulter. J’avais fait passer le message à Pricilla pour lui dire que si elle ne se sentait pas mieux le mercredi (après 4 jours de douleurs) nous irions voir un docteur privé. Le mercredi elle allait mieux. Mais le jeudi dans la journée, les douleurs se sont accentuées. Elle est retournée une 3e fois à l’hôpital pour demander une 2ème échographie mais ils ont refusé : Ils n’ont droit qu’à une seule écho par personne par mois. Vers 17h elle téléphone à la maison demandant à voir un docteur privé. Je réponds « Oui ok demain après-midi je n’ai pas cours je prends rdv demain, pas de problème. » Puis je raccroche. Mais quand même je me dis qu’elle avait une petite voix … Mais j’ai une réunion à l’école à 17h15 … Je dis à Florida de la rappeler et de dire à son mari Manu, chauffeur de bus, de passer la prendre et de l’emmener à la clinique privée tout de suite … Après tout, les cliniques privées ne sont pas encore fermées. Je me chargerai de passer payer. Florida me dit qu’elle pleure au téléphone. « Ok … Bon dis-lui que je passe la prendre et que je l’emmène à la clinique » J’appelle le proviseur pour lui dire que je serai quelques minutes en retard à ma réunion, le temps d’aller jusqu’à Pango chercher Pricilla et la déposer chez un docteur privé. Quand j’arrive chez Pricilla, je suis complètement choquée par son état. Elle ne va vraiment pas bien. Ils sont deux à la soutenir pour qu’elle puisse marcher. Elle ne peut pas lever la jambe pour monter dans la voiture … Sur le chemin, j’appelle le Dr King, un docteur français installé depuis moins d’un an, pour prévenir que j’arrive avec une urgence. Je tremble … Je pense à une grossesse extra-utérine mais je ne veux pas dramatiser … Sur place le docteur pense à plusieurs options. Pricilla s’évanouit de douleur, tellement cela est difficile de marcher. 2 longues heures s’étirent pendant lesquelles le docteur tentera de soulager sa douleur et de de réaliser un test de grossesse. Lorsqu’il est effectué il est positif. Il est 20h il faut l’emmener d’urgence à l’hôpital se faire opérer. L’ambulance vient une première fois, ne trouve pas le cabinet médical, repart, revient … L’infirmière en charge a l’air très efficace. Lorsque Pricilla arrive à l’hôpital sa tension a chuté à 8. Elle est littéralement blanche et ses bras et ses jambes se refroidissent. Toute la famille arrive. Au total une quinzaine d’adultes, hommes et femmes, viennent l’entourer, l’aider, changer sa perf quand elle est vide et que l’infirmière est débordée, la massent, lui parlent … A 21h on l’emmène faire une échographie et je rentre à la maison pour libérer Florida. Sylvain rentre du travail et me relève à l’hôpital. A 22h30 le chirurgien, rappelé en urgence, commence l’opération qui durera 1h30. Au départ le chirurgien ne voulait pas revenir, il a fallu le convaincre. C’est rare un docteur la nuit à l’hôpital … Pricilla avait perdu 2,5 litres de sang. Ils ont transfusé un litre. L’opération s’est très bien passée. Sylvain est rentré à 1h mais nous n’avons pas dormi cette nuit-là. Le lendemain soir lorsque je suis passée la voir, elle était beaucoup mieux. J’avais eu de ses nouvelles dans la journée et je savais qu’elle allait mieux. La voir m’a complètement rassurée. Ils ont enlevé sa perf, elle marchait et la douleur presque disparu … Reste celle d’une opération. Mais quelle force elle a, elle a été incroyable … Aujourd’hui elle est rentrée chez elle et j’essaie d’oublier que nous avons failli la perdre.

Elle a 25 ans, deux petites filles (2 ans et 4 ans) bien trop jeune pour un tel drame. Je suis énervée contre moi : Si j’étais passée la voir avant, si je l’avais emmenée chez le docteur avant … On n’aurait pas frôlé ainsi la catastrophe. Mais en même temps je faisais confiance à l’hôpital. Jusqu’à présent quand mes nounous ou leur famille s’y rendaient, ils étaient soignés et les soins sont très similaires à ce que nous avons nous aussi chez les médecins privés, le confort en moins et la grande attente en plus. Mais cette fois ils sont vraiment passé à côté. Le docteur lui a dit que si elle avait été sur n’importe qu’elle île, elle serait morte. Je ne préfère pas penser à toutes ces femmes ici qui par manque de diagnostic, ou trop loin du seul hôpital du pays, meurent chaque année. Cela se termine heureusement bien pour Pricilla. Ce fût vraiment un épisode très douloureux pour nous tous.

Oh mon Dieu, pauvre Priscilla….. embrasse-la fort de notre part!
Oui, l’accès aux soins est vraiment LE gros point noir de cette douce vie au Vanuatu….. J’ai toujours une boule dans la gorge quand je pense à notre amie Dalsie qui a perdu son bébé en le mettant en monde, parce que la césarienne n’a pas été réalisée assez rapidement…. :'( :'( :'(
C’est tellement injuste!
Nous sommes vraiment des privilégiés de pouvoir nous faire soigner correctement…. Et beaucoup de gens en France l’oublient….
Ce récit est effrayant. Sachant que tout s’est bien terminé nous n’avons pas eu les mêmes émotions que vous tous mais je me doute des poussées de peur et d’angoisses que vous avez tous vécus. Alors bonne santé à Pricilla et beaucoup de joie pour elle et sa famille. C’est terrible de se dire que le service médical et donc la qualité des soins est variable en fonction des moyens financiers. Ton rôle Solveig n’a pas été des moindres. Un bien grand soulagement.